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il ne faut pas se fier aux biens exterieurs





Sénèque
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[16,98] XCVIII. QU'IL NE FAUT PAS SE FIER AUX BIENS EXTERIEURS.

Gardez-vous de croire heureux un homme qui dépend de
la fortune ! Il se repose sur un appui bien fragile celui qui
fonde sa joie sur des biens extérieurs: son contentement pourra
s'en aller comme il est venu. Mais le contentement qui naît de
soi-même, est constant et durable ; il s'accroît et se conserve
jusqu'au bout de notre carrière. Les autres biens qui excitent
l'admiration du vulgaire, ne sont que des biens éphémères.

- Mais quoi, ne peut-on pas user de ces biens? ne peut-on y
trouver quelque plaisir ? - Qui le nie ? mais seulement dans
le cas où ils dépendent de nous, et non pas lorsque nous dépendons
d'eux. Tous les biens qui sont du domaine de la fortune ne
sont utiles et agréables, que si celui qui les possède se possède
lui-même, et ne se rend pas l'esclave de ce qui lui appartient.

C'est se tromper, mon cher Lucilius, que de supposer à la
fortune le pouvoir de nous faire du bien ou du mal; elle nous
fournit seulement l'occasion des biens ou des maux, et le commencement
de ce qui tournera à notre bien ou à notre mal.

L'âme est plus forte que la fortune, quelle qu'elle soit: dans la
bonne comme dans la mauvaise chance, elle conserve sa manière
d'être, et ne doit qu'à soi-même son bonheur et son malheur.
Une âme corrompue change en mal tout ce qui s'était présenté à
elle sous l'apparence la plus heureuse ; une âme droite et vertueuse
corrige les torts de la fortune, et en adoucit les rigueurs
en s'apprenant à les supporter. Elle sait à la fois accueillir la
prospérité avec gratitude et modération, et l'adversité avec
constance et fermeté. Un homme a beau être doué de prudence,
porter dans toutes choses un esprit de justice et d'équité,
ne rien tenter au delà de ses forces, il ne se verra possesseur
de ce bien inaltérable qui est au-dessus des alarmes, que quand il se
sera d'avance affermi contre les incertitudes du sort.

Soit que vous vouliez porter vos regards sur les autres (car
nous jugeons plus librement de ce qui ne nous est point personnel),
soit que vous vous examiniez vous-même sans partialité,
vous reconnaîtrez, et vous avouerez qu'en tous ces objets
que nous désirons, que nous chérissons tant, il n'en est aucun
qui puisse vous être avantageux, si vous n'êtes prémuni contre
l'inconstance de la fortune et des accidents qui la suivent,
si, toutes les fois qu'il vous adviendra quelque dommage, vous
ne répétez souvent et sans vous plaindre : Les dieux en ont
ordonné autrement
. Et pour vous citer une maxime plus
énergique et plus forte, qui soutienne encore plus puissamment
votre âme, dites-vous, toutes les fois qu'un événement sera
contraire à votre attente . Les dieux en ont ordonné pour le
mieux
. Pour un homme ainsi disposé, il n'est point d'accident
possible. Voulez-vous arriver à cette disposition d'esprit?
pénétrez-vous de toute l'instabilité des choses humaines, même
avant de l'avoir éprouvée : possédez vos enfants, votre épouse
et votre patrimoine, comme si vous ne deviez pas les posséder
toujours, et de manière à ne pas vous trouver plus malheureux,
si vous veniez à les perdre. Combien est à plaindre l'esprit
inquiet de l'avenir, dont l'affliction anticipe sur le malheur,
et prétend s'assurer jusqu'à la fin de sa vie la jouissance
des objets qui lui plaisent ! Jamais de calme pour lui, et l'attente
de l'avenir lui fera perdre les biens présents dont il pourrait
jouir. Point de différence entre la perte d'un objet et la
crainte de le perdre.

Ce n'est point que je vous conseille l'insouciance. Loin de là,
évitez ce que l'on doit craindre, et que votre prévoyance embrasse
tout ce que la sagesse humaine sait prévoir. Enfin tout
ce qui peut vous porter préjudice, sachez, avant qu'il n'arrive,
le découvrir et le détourner. Mais pour arriver même à ce but,
rien ne sert comme la confiance, comme une âme préparée à tout
souffrir. On peut se mettre en garde contre la fortune, quand
on sait la supporter : et jamais, au sein du calme, elle n'a le
pouvoir d'exciter la tempête. Rien de plus misérable et de
plus inepte que d'être toujours en crainte. Quelle démence que
d'anticiper sur son malheur ! Enfin, pour vous dire en peu de
mots ma pensée et vous peindre ces hommes toujours perplexes,
et si incommodes à eux-mêmes, ils sont aussi peu modérés
sous le coup que dans l'attente du malheur. C'est se
désoler plus qu'il n'est besoin, que de se désoler avant qu'il en
soit besoin. La même faiblesse, qui ne sait point attendre l'infortune,
empêche de l'apprécier à sa juste valeur. Le même
défaut de modération qui nous porte à rêver une éternelle félicité,
nous fait croire que tout le bien qui nous est advenu
doit, non-seulement durer, mais croître ; on ferme les yeux sur
le tourbillon dans lequel roulent les choses humaines, et l'on
se promet pour soi seul une fortune exempte de caprices. Aussi
c'est avec grande raison, selon moi, que, dans une Lettre adressée
à sa soeur pour la consoler de la perte d'un fils de très belle
espérance, Métrodore a dit : Tous les biens des mortels sont
mortels
. Il parle de ces biens après lesquels tout le monde
court : car, quant au véritable bien, la vertu et la sagesse, il
ne meurt point, il est éternel et durable : c'est le seul bien
immortel qui advienne aux mortels.

Au reste, ils sont si dépravés, si oublieux du lieu où ils vont
et de celui où chaque jour les pousse, qu'ils s'étonnent de perdre
quelque chose, eux qui, en un jour, doivent tout perdre.
Tous ces biens dont tu te prétends le maître sont chez toi,
mais non pas à toi; il n'y a rien de fort pour un être faible,
rien d'éternel et d'indestructible pour un être périssable. Il est
aussi nécessaire de périr que de perdre, et si nous pouvions
nous pénétrer de cette vérité, ce serait une consolation de perdre
avec constance ce qui doit infailliblement périr.

De quel secours faut-il donc s'armer contre ces pertes? - II
faut garder le souvenir des choses perdues pour ne pas laisser
échapper avec elles les fruits que nous en avons recueillis. Ce
que nous avons, on peut nous le ravir, mais jamais l'avantage
de l'avoir eu. C'est le comble de l'ingratitude, de croire quand
on a perdu, ne plus rien devoir pour ce qu'on avait reçu. Le
sort peut nous enlever un bien, mais il nous laisse l'usufruit;
et nous le perdons par l'injustice de nos regrets. Dites-vous que
de tous ces maux qui paraissent si terribles, il n'en est aucun
qui soit insurmontable; aucun dont plusieurs grands hommes
n'aient triomphé. Mucius triompha du feu, Régulus de la croix,
Socrate du poison, Rutilius de l'exil, Caton, de la mort par le
fer enfoncé dans son sein : et nous, sachons aussi triompher
de quelque chose !

D'un autre côté, ces objets qui charment le vulgaire par de
si belles apparences de félicités ont été mainte fois dédaignés
de plusieurs. Général, Fabricius refusa les richesses, que, censeur,
il nota d'infamie; Tubéron estima que sa pauvreté était
digne de lui et du Capitole, lorsque faisant servir des vases de
terre en un festin public, il donna à connaître que l'homme
devait se contenter de ce dont, même alors, les dieux se servaient.
Sextius le père refusa les honneurs. Appelé par la naissance
à prendre part aux affaires publiques, il n'accepta point
le laticlave que lui offrait le divin Jules, parce qu'il était persuadé
que ce qui pouvait être donné pouvait de même être ôté.

Et nous aussi, essayons de faire quelque chose de semblable :
devenons modèles à notre tour! Pourquoi perdre courage?
pourquoi désespérer? Tout ce qui a pu être fait, peut encore
se faire. Commençons d'abord par purger notre âme, et suivons
la nature : s'en éloigner, c'est se condamner à désirer, à
craindre, à être esclave des événements. Il nous est encore permis
de rentrer dans le droit chemin, permis de revenir à l'état
primitif de notre âme. Revenons-y, et nous pourrons, sous
quelque forme qu'elles se présentent, supporter les douleurs
corporelles, et dire à la fortune : Tu as affaire à un homme
de coeur : cherche ailleurs un ennemi que tu puisses vaincre
.

C'est par ces discours, et par d'autres semblables, que notre
ami calme les douleurs d'un ulcère, qu'assurément je voudrais
voir soulagé ou guéri ; ou du moins demeurer dans le même
état et vieillir avec lui. Mais, pour lui, je suis parfaitement
tranquille; ce qui m'occupe, c'est la perte que nous ferions, si
ce vertueux vieillard nous était enlevé. Car il est rassasié de la
vie : et s'il désire qu'elle se prolonge, ce n'est pas pour lui,
mais pour ceux à qui elle peut être utile C'est pure libéralité
de sa part, s'il consent encore à vivre. Un autre aurait déjà mis
fin à ces horribles souffrances; mais il pense qu'il n'est pas
moins honteux de fuir la mort que d'y chercher un refuge.

- Quoi, dira-t-on, si tout l'y engage, ne quittera-t-il pas la
vie? - Et pourquoi non, s'il vient à ne plus être utile à personne?
et s'il ne trouve plus autre chose à faire que de souffrir?
Voulez-vous savoir, mon cher Lucilius, ce que c'est que
d'apprendre la philosophie par la pratique, et de s'exercer en
présence des faits`? c'est de considérer quelle fermeté l'homme
sage déploiera contre la mort, contre la douleur, alors que la
première est proche et que la seconde le presse. Ce qu'il faut
faire, apprenons-le de celui qui est à l'oeuvre. Jusqu'ici nous
n'avons cherché que par des raisonnements, s'il est possible
de résister à la douleur, et si la présence de la mort peut dompter
une âme courageuse. Qu'est-il besoin de paroles? Transportons-nous
sur le lieu même de l'action : nous verrons un
homme que la mort ne rend pas plus fort contre la douleur,
ni la douleur contre la mort : contre l'une et l'autre il n'a d'autre
appui que lui-même; ce n'est pas l'espoir de la mort qui
lui fait prendre son mal en patience, ni l'ennui de son mal
qui le fait mourir volontiers : les souffrances, il les supporte;
la mort, il sait l'attendre.


lettre suivante : lettre de consolation sur la mort d un fils



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