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[8,71] LXXI. IL N'Y A DE BIEN QUE CE QUI EST HONNÊTE : TOUS LES BIENS SONT EGAUX. Vous me consultez souvent sur des sujets divers, sans vous rappeler qu'il y a un long trajet de mer entre vous et moi. Aussi, le plus grand mérite d'un conseil étant l'à-propos, il doit arriver souvent que tel avis vous parvient au moment où l'avis contraire serait préférable. Les conseils doivent être adaptés aux événements, et les événements ici-bas se pressent ou plutôt se précipitent. Il faut donc que le conseil soit pris sur l'heure; ou mieux encore, il faut, comme on dit, qu'on l'ait sous la main. Or je vais vous montrer comment on le trouve. Quand vous voudrez savoir ce que vous devez fuir ou rechercher, fixez les yeux sur le souverain bien, sur le but général de votre vie : car toutes nos actions doivent tendre uniformément vers ce but. On ne peut arranger les détails de sa vie que lorsque l'ensemble en est bien arrêté. Le peintre aura beau avoir ses couleurs prêtes, jamais il ne saisira de ressemblante, s'il n'est pas décidé sur ce qu'il veut peindre. Notre commune erreur, c'est de nous occuper des détails de la vie, sans songer à l'ensemble. Avant de lancer une flèche, il faut avoir un but; et, ce but connu, on dirige et l'on ajuste le trait. Nos projets se perdent, pour manquer de direction. Il n'y a point de vent favorable pour celui qui ne sait dans quel port il veut arriver. Le hasard doit nécessairement avoir une grande influence sur notre vie, lorsque nous vivons au hasard. Il est des gens qui en savent plus qu'ils ne pensent. Comme il arrive souvent que nous cherchons ceux qui sont auprès de nous ; de même le but du souverain bien est quelquefois à nos côtés, sans que nous nous en doutions. Il n'est pas besoin ici de beaucoup de mots ni de longs détours pour vous faire sentir ce que c'est que le souverain bien; il ne s'agit que de le montrer du doigt, et cela sans beaucoup chercher. Car à quoi bon en faire l'objet de tant de divisions et subdivisions, quand on peut dire tout uniment : « Le souverain bien est ce qui est honnête,» et ce qui vous frappera plus encore : « Il n'y a de bien que ce qui est honnête ; tous les autres biens sont faux et corrompus. » Si vous vous pénétrez de ce principe, et que vous soyez passionné pour la vertu (car l'aimer serait peu de chose), tous les événements où elle aura part, quelque opinion qu'en aient les autres, seront pour vous heureux et favorables; la torture même, si vous conservez sur le chevalet plus de tranquillité que votre bourreau; la maladie, si vous ne maudissez pas la fortune, et si vous savez dominer le mal. En résumé, tous les accidents, que le reste des hommes considère comme des maux, s'adouciront et se convertiront en biens, si vous vous élevez au-dessus d'eux. Admettez ce principe, qu'il n'y a de bien que ce qui est honnête, et tous les désagréments de la vie mériteront le nom de bien, si la vertu leur donne un caractère d'honnêteté. Il est beaucoup de gens auxquels nous paraissons promettre plus que ne comporte la condition humaine. Ils ont raison, puisqu'ils rapportent tout au corps; mais qu'ils reviennent à l'âme, et c'est sur Dieu qu'ils mesureront l'homme. Elevez votre âme, Lucilius, le meilleur des hommes, et laissez de côté les puérilités littéraires de ces philosophes qui réduisent une science si magnifique à l'intelligence de quelques syllabes, et qui, par leurs enseignements mesquins, rabaissent et rétrécissent l'âme ; imitez les inventeurs de ces dogmes, et non ceux qui les enseignent, et qui, au lieu de faire apparaître la philosophie dans sa grandeur, la présentent comme un tissu de difficultés. Socrate, qui a ramené toute la philosophie à la morale, a dit « que le comble de la sagesse est de savoir distinguer les biens des maux. » Si vous avez quelque confiance en moi, suivez de pareils guides pour être heureux, et laissez quelque sot vous traiter d'insensé. Alors, vous outrage et vous injurie qui voudra ; vous n'en souffrirez point, si la vertu est avec vous. Si vous voulez être heureux, vous dis-je, si vous voulez être vertueux en effet, consentez à ce que certaines gens vous méprisent. Mais on n'arrive à ce degré de perfection que lorsqu'on a placé les biens de toute espèce sur la même ligne, parce que le bien est inséparable de l'honnête, et que l'honnête ne connaît point de degrés. Quoi! direz-vous, n'y a-t-il point de différence entre la préture donnée et la préture refusée à Caton? n'y a-t-il point de différence entre Caton vaincu ou vainqueur à la bataille de Pharsale? Et quand il ne se laisse point abattre par la défaite de son parti, est-ce un bien égal au bien qu'il eût trouvé à rentrer victorieux dans sa patrie et à y rétablir la paix? - Et pourquoi n'y aurait-il point parité? C'est la vertu qui triomphe de la mauvaise fortune, comme c'est elle qui fait qu'on use sagement de la bonne : or, la vertu ne peut être plus grande ou plus petite; elle est toujours de même taille. - mais Pompée perdra son armée ; mais la prétexte, honneur de la république, les grands et le sénat armés, cette avant-garde auguste du parti Pompéien, seront anéantis par un seul combat; les ruines d'un si grand empire voleront par toute la terre: quelques débris iront tomber en Egypte, d'autres en Afrique, d'autres en Espagne; et cette république infortunée n'aura pas même la consolation de périr toute d'une fois. - Arrive tout ce qui pourra ! Que Juba ne trouve de ressource ni dans la connaissance des lieux, ni dans l'attachement inébranlable de ses sujets pour leur roi; que la fidélité des habitants d'Utique succombe, brisée par le malheur, et qu'un Scipion en Afrique soit abandonné par la fortune de son nom; il y a longtemps que Caton a pourvu à ce qu'il ne lui soit fait aucun mal. - Cependant il est vaincu! - Comptez encore ceci parmi les revers qu'a essuyés Caton: les obstacles qui lui ont interdit la victoire, il les supportera avec autant de grandeur d'âme que ceux qui l'ont écarté de la préture. Le jour où sa candidature fut repoussée fut consacré au jeu ; la nuit de sa mort, à la, lecture; ce fut même chose pour lui de renoncer à la préture ou à la vie: il s'était armé de patience pour tous les événements. Et pourquoi n'eût-il pas supporté avec fermeté et constance le changement que subit la république ? Qu'y a-t-il, en effet, au monde qui soit à l'abri du changement? La terre, le ciel, la vaste machine de l'univers, n'en sont pas exempts, quoique sous la direction de Dieu même. Non, le monde ne conservera pas toujours son ordre actuel; quelque jour viendra qui le fera dévier de sa marche. Tous les êtres ont des périodes marquées: ils doivent naitre, croître et périr. Ces astres que vous voyez se mouvoir au-dessus de nous, cette terre où nous sommes confusément répandus, et qui nous semble si solide; tout cela est sourdement miné, tout cela aura un terme. Il n'est rien qui n'ait sa vieillesse : quoiqu'à des époques différentes, une même fin est réservée à tout ce qui existe. Tout ce qui est finira par ne plus être; mais le monde ne périra pas pour cela; il se dissoudra. La dissolution, pour nous, c'est la destruction. En effet, nous ne considérons que ce qui est près de nous: notre âme, abâtardie, et qui ne sait point se détacher du corps, ne voit rien au delà; tandis que nous supporterions avec beaucoup plus de fermeté l'idée de notre fin et de celle de nos proches, si nous étions persuadés que la nature n'est qu'une succession de naissance et de mort; que les corps composés se dissolvent; que les corps dissous se recomposent, et que c'est dans ce cercle infini que s'exerce la puistance du Dieu modérateur de l'univers. Aussi Caton, après avoir parcouru la chaire des âges, dira: «L'espèce humaine tout entière, celle qui existe, comme celle qui existera, est condamnée à la mort; toutes les villes disparaîtront, celles qui gouvernent le monde, comme celles qui sont l'ornement des grands empires, et un jour on cherchera la place qu'elles occupaient; elles seront détruites par des calamités diverses: celles-ci périront par la guerre; celles-la seront consumées par l'oisiveté et par la paix qui engendrent l'incurie, ou par le luxe, ce fléau des Etats puissants. Ces fertiles campagnes, un débordement soudain de la mer les engloutira toutes, ou bien elles s'abîmeront subitement sous quelque affaissement du sol. Pourquoi donc m'indigner ou me plaindre, si je devance de quelques instants la fin qui attend toutes choses?» Une grande âme doit savoir obéir à Dieu, et se soumettre sans hésitation à la loi universelle. Si elle ne quitte pas cette vie pour une vie meilleure, et pour trouver dans les cieux un séjour plus brillant et plus tranquille, du moins, exempte de souffrances, elle sera rendue au principe qui l'a produite, et retournera se confondre dans la masse générale. La vie vertueuse de Caton n'est donc pas un plus grand bien que sa vertueuse mort, s'il est vrai que la vertu n'a point de degrés. Socrate prétendait que la vérité et la vertu étaient même chose : en effet, pas plus que l'une, l'autre ne peut croître. La vertu a toujours sa mesure convenable; rien n'y manque. Ne soyez donc pas surpris que tous les biens soient égaux, et ceux que l'on a recherchés, et ceux qu'a produits la force des choses; car si vous admettez l'inégalité, et que vous placiez parmi les moindres biens les tortures courageusement supportées, vous ne tarderez pas à les regarder comme un mal; et vous trouverez Socrate malheureux dans son cachot; Caton malheureux lorsque, redoublant de courage, il rouvre sa blessure; Régulus le plus à plaindre de tous les hommes, quand il porte la peine de la foi qu'il a gardée à ses ennemis. Or, personne n'a osé avancer pareille chose, même parmi les hommes les plus efféminés; on nie qu'il ait été heureux, mais on ne dit pas qu'il ait été malheureux. Les anciens sectateurs de l'Académie conviennent qu'on peut être heureux au milieu de pareilles souffrances, mais non d'une manière parfaite ni complète: restriction qui ne saurait être admise en aucune façon. Si en pareil cas l'homme n'est pas heureux, il ne jouit pas du souverain bien: car le souverain bien, proprement dit, n'a point de degrés au-dessus de lui, du moment qu'il est accompagné de la vertu, que cette vertu n'est point atténuée par l'adversité, et qu'elle demeure intacte en face de la mutilation du corps. Or, c'est ce qui arrive, puisque je suppose la vertu intrépide, élevée et toujours grandissant dans la persécution. Ce courageux mépris des hasards que déploient souvent des jeunes gens heureusement nés, lorsqu'une passion honnête vient à les saisir, la sagesse, n'en doutez pas, vous l'inspirera et vous le communiquera : elle vous persuadera qu'il n'y a de bon que ce qui est honnête; que l'honnête n'est pas susceptible de plus ou de moins d'intensité, et qu'on ne le fait pas plus fléchir que la règle qui sert à tirer les lignes droites. Si peu que vous changiez à celle-ci, elle n'est plus droite. Nous en dirons autant de la vertu : elle est droite aussi ; elle ne plie point : se roidir lui est possible, sans doute, mais non se grandir. Elle est juge de tout, et n'a point de juge. Si elle ne peut pas être plus droite qu'elle n'est, les actions qu'elle produit ne peuvent pas non plus être plus droites les unes que les autres, puisqu'il faut qu'elles lui correspondent: elles sont donc égales. Quoi! dites-vous, les joies de la table et les souffrances de la torture sont-elles même chose? - Cela vous surprend? Voici qui vous surprendra davantage: les joies de la table sont un mal, les tortures du chevalet sont un bien, si, au milieu des unes, on se comporte honteusement, si, au milieu des autres, honnêtement. Ce n'est point l'essence de ces choses-là qui les rend bonnes ou mauvaises, c'est la vertu; la vertu qui, partout où elle parait, donne à toutes choses la même mesure et la même valeur. Je vois d'ici ceux qui jugent des autres âmes par la leur m'adresser des gestes menaçants, parce que je dis que c'est un égal bien de supporter courageusement l'adversité, et d'user honnêtement de la prospérité; parce que je dis que c'est un égal bien de triompher ou d'être trainé, l'âme invaincue, devant le char du vainqueur : car ces gens-là regardent comme impossible tout ce qu'ils ne peuvent pas faire, habitués qu'ils sont à mesurer la puissance de la vertu à leur faiblesse. Pourquoi vous étonner que tel homme consente volontiers, trouve même du plaisir à être brûlé, blessé, mis à mort et chargé de chaînes? La frugalité est une peine pour le gourmand; le travail est un supplice pour le fainéant; l'activité est une souffrance pour l'indolent; l'étude est une torture pour le paresseux. C'est ainsi que tout ce qui demande un effort sur nous-mêmes nous paraît dur et insupportable; nous oublions qu'il est une foule de gens pour qui c'est un supplice de manquer de vin ou d'être éveillés à la pointe du jour. Rien de tout cela n'est au-dessus de nos forces; mais nous sommes lâches et énervés. Il faut une grande âme pour apprécier les grandes choses; sans quoi on leur attribue des torts qui viennent de nous. Ainsi, les objets les plus droits, vus dans l'eau, paraissent courbés et brisés. Il ne suffit pas de voir les choses, il faut les bien voir; notre âme n'aperçoit la vérité qu'à travers un brouillard. Donnez-moi un jeune homme exempt de corruption et doué d'une âme vigoureuse : il dira qu'il trouve plus heureux celui qui porte sans fléchir le faix de l'adversité, celui qui reste au-dessus de la fortune. II n'y a rien d'étonnant à ne pas chanceler au milieu du calme; mais, ce qui est admirable, c'est de s'élever où tout le monde s'abaisse, de demeurer debout là où tout le monde est jeté à terre. Qu'y a-t-il de funeste dans les tourments et dans tout ce que nous appelons adversité? C'est, à mon avis, quand il arrive que l'âme plie, se courbe et tombe sous le faix. Mais rien de tout cela ne peut arriver au sage. Il se tient droit sous tous les fardeaux possibles; rien ne le rapetisse; rien ne lui déplaît de ce qu'il doit supporter. Ce n'est pas lui qui se plaindra de ce que les maux qui peuvent fondre sur l'homme sont venus fondre sur lui. Il connaît ses forces ; il sait qu'il peut suffire à sa charge. Je ne fais pas du sage un homme à part ; je n'écarte pas la douleur de lui, comme d'un rocher inaccessible à toute sensation. Je ne perds pas de vue qu'il est composé de deux substances : l'une irraisonnable, qui sent les morsures, les brûlures, la douleur ; l'autre raisonnable, que rien ne peut ébranler dans ses opinions, effrayer ni vaincre. C'est dans cette dernière que réside le souverain bien : autant l'âme est incertaine et flottante quand il est incomplet, autant elle est immobile et fixe. quand on en jouit dans toute sa plénitude. Voilà pourquoi l'homme qui ne fait encore que s'essayer à la sagesse et à la vertu, quelque près qu'il se trouve du bonheur parfait, s'il ne le possède pas entièrement, s'arrête parfois, chancelle dans sa volonté : il n'a pas franchi toutes les incertitudes ; il est encore sur un terrain glissant. Mais l'homme heureux, et dont la vertu est accomplit, n'est jamais plus content de lui que quand il est fortement. éprouvé; il supporte et embrasse même le mal que les autres redoutent, quand ce mal est le prix d'une conduite honorable; il aime mieux qu'on dise qu'il est homme de bien que de dire qu'il est heureux. J'arrive maintenant à. l'objet auquel m'appelle votre impatience. Comme notre vertu ne saurait s'affranchir des lois de la nature, on verra le sage frémir, souffrir, pâlir; car ce sont toutes sensations auxquelles le corps est sujet. Quel est donc le point où commence le malheur ? où ces accidents deviennent un mal véritable ? C'est du moment qu'ils affaiblissent l'âme, qu'ils l'amènent à l'aveu de sa servitude, qu'ils la font repentir d'être ce qu'elle est. Sans doute, le sage sait vaincre la fortune par sa vertu ; mais on a vu des hommes faisant profession de sagesse s'épouvanter des menaces les plus légères. Ici, le tort est de notre côté: ce qui n'appartient qu'au sage, nous l'exigeons d'un commençant. Je me prêche cette vertu dont je fais l'éloge, mais je n'y suis point encore converti; du reste, quand j'y serais converti, je n'aurais pas un courage assez exercé, assez décidé pour affronter tous les hasards. De même que la laine prend certaines couleurs du premier coup, et ne s'imbibe de certaines autres qu'après des macérations et des coctions répétées ; de même il est des enseignements que notre esprit retient tout d'abord; - mais si elle n'est pas descendue profondément dans notre âme, si elle n'y a pas séjourné longtemps, si elle ne l'a pas, je ne dis pas colorée, mais fortement teinte, la sagesse alors est loin de tenir tout ce qu'elle avait promis. Il ne faut qu'un instant et quelques mots pour enseigner que « la vertu est l'unique bien, qu'il n'y a pas de bien possible sans vertu, et que la vertu réside dans la partie la plus noble de notre être, c'est-à-dire, dans la substance raisonnable. » En quoi consistera cette vertu? En un discernement juste et certain qui donne le mouvement à l'âme, et qui réduit à leur juste valeur les illusions qui nous agitent d'ordinaire. L'un des attributs de ce discernement sera de regarder comme des biens, et comme égales entre elles, toutes les actions qui ont le caractère de la vertu. Les biens corporels sont des biens pour le corps, sans contredit; mais ils ne sont pas des biens de tout point. Sans doute ils auront quelque prix, mais ils manqueront de dignité; aussi seront-ils fort inégaux entre eux, les uns étant plus grands, les autres plus petits. Même parmi les hommes qui visent à la sagesse, il existe de notables différences, nous devons l'avouer : les uns sont si avancés qu'ils osent déjà lever les yeux pour regarder la fortune, mais non pas fixément, car ils seraient éblouis de son éclat; d'autres sont de force à pouvoir la regarder en face, s'ils sont arrivés au sommet de la perfection, et sûrs d'eux-mêmes. Chanceler, reculer et avancer alternativement, parfois même succomber, voilà le sort de l'imperfection. Or, on reculera, si l'on ne persiste à marcher, à redoubler d'efforts : si un instant le zèle et les bonnes résolutions faiblissent, c'en est fait, il faut rétrograder. On ne retrouve jamais ses progrès où on les avait laissés. Continuons donc et persévérons! Il nous reste plus d'ennemis à vaincre que nous n'en avons terrassé ; mais c'est avoir déjà fait du chemin que de vouloir avancer. Je vous en parle d'après ma propre expérience: je veux, et je veux de toute mon âme. Vous aussi, je le vois, vous êtes animé de la même ardeur, et vous marchez à grands pas vers la sagesse. Hàtons-nous donc! c'est à ce seul prix que la vie est un bienfait; autrement ce n'est qu'un obstacle, un obstacle honteux qui nous retient dans l'ignominie. Faisons en sorte que tout notre temps soit à nous: or, il ne le sera que lorsque nous serons nous-mêmes à nous. Quand en viendrons-nous à mépriser la fortune bonne ou mauvaise? quand en viendrons-nous à nous écrier, après avoir étouffé et subjugué toutes nos passions: J'ai vaincu! - Vous me demandez qui? - Ce ne sont ni les perses, ni les peuples lointains de la Médie, ni les nations belliqueuses qui peuvent se trouver par delà les Daces: c'est l'avarice, c'est l'ambition, c'est la crainte de la mort, par lesquelles furent vaincus les vainqueurs des nations. lettre suivante : tout abandonner pour embrasser la sagesse |
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