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[7,69] LXIX. LES FREQUENTS VOYAGES SONT UN OBSTACLE A LA SAGESSE. Je n'aime pas à vous voir si souvent changer de lieu, et passer d'un endroit dans un autre. D'abord toutes ces allées et venues sont la marque d'un esprit inconstant. Le moyen de se préparer à la retraite, si l'on ne cesse de regarder au dehors et de voyager! Si vous voulez contenir l'âme, il faut commencer par fixer le corps ; ensuite la continuité des remèdes ajoute à leur effet : cette vie de repos, cet oubli de vos anciennes habitudes, il faut vous garder de les interrompre. Donnez un peu le temps à vos yeux de désapprendre, à vos oreilles le temps de se faire à un langage plus raisonnable. Vous ne sortirez pas que vous ne rencontriez sur votre chemin quelque objet qui ravive vos passions. Quand on veut se guérir de l'amour, la première chose est d'éviter tout ce qui peut rappeler l'objet aimé; car c'est en amour surtout que les rechutes sont faciles. De même, celui qui veut renoncer entièrement aux choses pour lesquelles il a été passionné, doit avoir soin d'en détourner ses yeux et ses oreilles. La passion est prompte à se révolter: de quelque côté qu'elle se tourne, elle trouve satisfaction à ses désirs. Il n'est point de vice qui n'ait quelque chose à donner. L'avarice promet de l'argent; la luxure, des voluptés sans nombre; l'ambition, la pourpre et les applaudissements qui mènent à la puissance, et tous les avantages de la puissance. Les vices vous offrent un salaire : préférez une vie qui ne rapporte rien. A peine un siècle entier suffirait-il pour dompter et soumettre des vices développés par une si longue licence : que sera-ce, si nous morcelons encore un temps si court? Pour amener une chose quelconque à la perfection, ce n'est pas trop de toute notre assiduité, de toute notre vigilance, de tous nos efforts. Si vous voulez m'en croire, vous méditerez là-dessus: exercez-vous à bien accueillir la mort, et même à l'aller chercher s'il le faut : peu importe que ce soit elle ou nous qui fassions les avances. Persuadez-vous bien qu'il n'y a rien de plus faux que cet axiome répété par tous les ignorants : C'est un bonheur de mourir de sa belle mort. Pénétrez-vous bien aussi de cette idée, que nous ne mourons jamais qu'à notre heure. N'allez pas dire qu'on vous ait fait tort; car le temps que vous laissez n'était pas à vous. lettre suivante : du suicide |
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