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rarete des gens de bien





Sénèque
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[5,0] Livre cinquième.

[5,42] XLII. RARETE DES GENS DE BIEN.

Quoi! votre ami vous a déjà persuadé qu'il est homme de
bien ! Ce n'est pourtant pas si promptement qu'on peut le devenir,
ni même le paraître. Encore savez-vous de quel homme
de bien je parle? De celui de la seconde classe; pour l'autre,
c'est un phénix qui naît peut-être une fois tous les cinq cents
ans. Rien de plus simple ; il faut du temps pour créer des
merveilles. La nature est fertile en productions médiocres et
communes : la rareté de ses chefs-d'oeuvre en fait sentir le
prix. Mais que votre ami est loin du terme où il se croit arrivé!
S'il savait ce que c'est qu'un homme de bien, il ne se flatterait
pas sitôt de l'être, peut-être même désespérerait-il de le
devenir jamais. - Pourtant il hait les méchants! - Les méchants
les haïssent aussi. Le plus grand supplice de la méchanceté,
c'est d'être odieuse à elle-même et aux siens. - Mais
il déteste ceux qui abusent d'un pouvoir subit et absolu ! - Il
ferait ce qu'ils font, s'il pouvait ce qu'ils peuvent. Que de
vices cachés par l'impuissance de mal faire, et qui, une fois
secondés, éclateront avec autant d'audace que ceux que la
prospérité a révélés! Pour déployer leur méchanceté, il ne leur
manque que l'occasion. Ainsi le serpent le plus venimeux est
manié sans danger, tant qu'il est engourdi par le froid ; son
venin n'est pas mort, seulement il sommeille. Chez une foule
de gens, la cruauté, l'ambition, la débauche n'attendent souvent
pour les égaler aux plus grands scélérats que les faveurs
de la fortune. Ils ont les mêmes penchants; voulez-vous vous
en convaincre, donnez-leur le même pouvoir. Vous rappelez-vous
cet homme que vous pensiez être à vous ? Il est bien léger,
bien frivole, vous disais-je; vous le tenez par l'aile et non
par les pieds. Je me trompais, vous ne teniez qu'une plume; il
vous la laissa dans la main et s'envola. Vous savez quels tours
il vous a joués depuis, et comment, par ses entreprises téméraires,
il se fit l'artisan de sa ruine. Il ne voyait pas qu'en
cherchant à perdre les autres, il se perdait lui-même ; et que
les biens qu'il convoitait étaient onéreux ou du moins superflus.

Oui, Lucilius, les choses que l'on ambitionne, que l'on recherche
avec le plus d'ardeur, on doit voir qu'elles sont ou
inutiles ou plus tôt nuisibles. Les unes sont superflues; les autres
ne sont pas de si grande valeur. Mais notre prévoyance ne
va pas jusque-là; et ce qui nous coûte le plus, nous croyons
l'acquérir pour rien. Etrange aveuglement de l'homme ! Il ne
croit acheter que ce qu'il paye de son argent ; et il appelle gratuit
ce qu'il paye de lui-même. Ce qu'on ne voudrait point acquérir
au prix d'une maison, d'une terre agréable et fertile,
on est prêt, pour l'obtenir, à sacrifier son repos, sa sûreté, son
honneur, son indépendance et son temps. Ainsi l'homme n'a
rien de plus vil à ses yeux que lui-même ! Il faut donc, avant
de former un dessein, une entreprise, traiter avec nous-mêmes
comme avec le possesseur d'une marchandise; comparer avec
son prix l'objet de nos désirs. Souvent ce qu'on paye le moins
est ce qui coûte le plus. Combien ne pourrais-je pas vous montrer
de choses acquises ou reçues aux dépens de notrd liberté!
Nous serions à nous-mêmes, si elles n'étaient à nous.

Faites donc ces réflexions et dans le gain et dans la perte.
Dites : Ce bien doit-il partir? oui, car il est venu. Vous avez
su vous en passer, vous saurez vous en passer encore. Après
une longue jouissance, vous le perdez rassasié ; sinon, avant
d'en avoir pris l'habitude. Vous aurez moins d'argent ! ainsi
moins d'embarras. Moins de crédit ! partant moins d'envieux.
Voyez tous ces objets qui nous poussent à l'extravagance, qu'on
ne quitte qu'avec larmes ; ce n'est pas leur perte qui est insupportable,
mais l'idée de leur perte. La perte, on ne la sent
pas, on la pense. Qui se possède encore n'a rien perdu; mais
aussi combien sont capables de se posséder?


lettre suivante : le sage doit toujours vivre comme en public



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