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[4,36] XXXVI. AVANTAGES DU REPOS. DEDAIGNER LES VOEUX DU VULGAIRE. MEPRISER LA MORT. Engagez votre ami à mépriser hardiment le reproche qu'on lui fait d'avoir cherché le repos et la solitude, d'avoir abdiqué sa dignité, d'avoir préféré la retraite aux avantages qu'il pouvait attendre. Il a pris le parti le plus sage; chaque jour le prouvera à ses censeurs. Ils ne cesseront de passer, tous ces hommes auxquels on porte envie; je vois l'un écrasé, l'autre au fond du précipice. La prospérité est inquiète; sans cesse elle se travaille, se tourmente l'esprit, et de plus d'une manière ; elle souffle à chacun sa folie : à celui-là, l'ambition; à celui-ci, le goût des plaisirs; elle gonfle les uns, amollit et énerve entièrement les autres. - Mais, direz-vous, on en voit qui savent la supporter. - Oui, comme on supporte le vin. N'allez donc pas, sur la parole d'autrui, croire au bonheur de l'homme qu'assiége une cour nombreuse : on se presse autour de lui comme autour d'un lac, pour le tarir et le troubler. - On taxe votre ami de frivolité, de paresse. - Eh! ne savez-vous pas par quel étrange abus on change le sens des mots? On le disait heureux. L'était-il? je vous le demande. Je ne suis même pas fâché de ce que plusieurs lui trouvent une humeur sauvage et farouche. Dans la jeunesse, disait Ariston, je préfère un air sombre à cette gaieté qui plaît tant au vulgaire. Le vin âpre et rude dans sa nouveauté s'améliore en vieillissant; il n'est pas à l'épreuve des ans s'il plait au sortir du pressoir. Qu'il passe pour triste et ennemi de ses intérêts; en vieillissant il se trouvera bien de cette tristesse. Qu'il continue seulement à cultiver la vertu, à se pénétrer d'études libérales, non pas de celles dont il suffit de prendre une légère teinture, mais de celles dont l'âme doit s'imprégner tout entière : il est dans l'âge d'apprendre. - Quoi donc? direz-vous, en est-il un où l'on ne doive plus apprendre? - Non, certes; mais si l'on peut étudier à tout âge, on ne peut pas à tout âge être sous la férule. C'est chose honteuse et ridicule, qu'un vieillard écolier. Jeune, on doit amasser pour jouir sur son déclin. Vous ne pouvez donc rien faire de plus utile pour vous-même que de rendre votre ami aussi vertueux que possible. Ce sont des bienfaits à rechercher et à répandre, et, sans contredit, les premiers de tous, que ceux où l'on gagne autant à donner qu'à recevoir. En un mot, votre ami n'est plus libre; il s'est engagé. Or, il est moins honteux de manquer au payement d'une dette qu'à une promesse de vertu. Pour payer une dette, il faut, au commerçant, une heureuse navigation; au cultivateur, un sol fertile et un ciel propice: pour payer l'autre dette, il suffit de le vouloir. La fortune n'a nul droit sur les mœurs; c'est à lui de régler les siennes ; d'élever, à la faveur de sa retraite, son âme à cet état de perfection, où l'on ne sent ni le gain, ni la perte, où l'on reste toujours le même, quels que soient les événements. Comblez-le des biens du vulgaire, il leur est supérieur; que le hasard lui en ôte une partie, ou même le tout, il n'en est pas moins riche. Né chez les Parthes, au sortir du berceau, il eût bandé un arc; chez les Germains, il eût lancé le javelot de ses mains enfantines; au temps de nos aïeux, il eût appris à monter un cheval, à frapper de près l'ennemi : tels sont les exercices que chaque nation prescrit et impose à sa jeunesse. Or, que faire apprendre à votre ami? Une science qui défie tous les traits, toute espèce d'ennemi : le mépris de la mort. Que la mort ait en soi quelque chose de terrible, qu'elle répugne à nos âmes, à notre amour inné pour nous-mêmes, c'est ce dont on ne saurait douter. Quel besoin, en effet, de nous préparer, de nous armer de courage pour une chose où nous porterait notre penchant naturel, comme il nous porte tous à notre conservation? Il ne faut pas de leçons pour se résoudre à coucher, au besoin, sur un lit de roses ; mais il en faut pour ne pas trahir sa foi dans les tourments, pour veiller, s'il est nécessaire, au bord du retranchement, blessé quelquefois, et sans s'appuyer sur sa pique, de peur que le sommeil, comme il arrive souvent, ne vous surprenne au repos. La mort ne fait aucun mal; pour le sentir, il faudrait vivre encore. Si toutefois vous êtes si avide d'avenir, songez que, de tous les êtres qui disparaissent à vos yeux pour rentrer au sein de la nature, d'où ils sont sortis et doivent sortir de nouveau, nul n'est anéanti; tout cesse, rien ne périt. Et cette mort si redoutée, si repoussante, elle n'éteint pas la vie, elle ne fait que l'interrompre. Un jour doit venir, qui nous rendra à la lumière; jour fatal qu'on refuserait peut-être si, avec l'existence, il ne nous apportait l'oubli. Mais, dans la suite, je vous prouverai avec plus de détail que tout ce qui semble périr ne fait que changer de forme. On doit partir de bonne grâce, quand c'est pour revenir. Examinez le cercle des êtres toujours en mouvement, et vous verrez que rien au monde n'est anéanti, que tout monte et descend tour à tour. L'été fuit, mais l'année suivante le ramène; l'hiver s'en va, mais il reviendra dans son temps; le soleil se plonge dans la nuit, mais la nuit fait place au jour. La marche présente des astres n'est qu'une répétition de leur marche antérieure; sans cesse une partie du ciel s'élève, une partie descend. Je n'ai plus qu'un mot à dire : ni les nouveau-nés, ni les enfants, ni les insensés ne craignent la mort; or, c'est une honte pour nous, si la raison ne nous conduit pas à une sécurité que procure à ces êtres l'absence de la raison. lettre suivante : du courage que donne la philosophie |
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