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Sénèque
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[17,106] CVI. CE QUI FAIT LA SECURITE DE LA VIE.

Si je réponds tardivement à vos lettres, ce n'est pas que je
sois surchargé d'occupations : ne vous payez jamais d'une telle
excuse ; j'ai du loisir, et en a toujours qui veut. Les affaires ne
cherchent personne : c'est nous qui courons nous y jeter, et
qui croyons que tous ces embarras sont une preuve de bonheur.
Pourquoi est-ce donc que je n'ai pas sur-le-champ répondu
à vos questions? c'est qu'elles rentraient dans la contexture
de mon ouvrage, où vous savez que je veux embrasser
toute la philosophie morale et éclaircir à fond toutes les questions
qui s'y rattachent. J'ai donc hésité si je vous ajournerais,
ou si, jusqu'à ce que cette matière vînt en son ordre, je vous
donnerais une audience extraordinaire : j'ai cru plus honnête
de ne pas faire languir un homme venu de si loin. J'extrairai
donc ceci encore d'une série de choses qui se tiennent, et s'il
se présente quelque curiosité de ce genre, je préviendrai votre
demande et je vous l'enverrai. Vous voulez savoir de quel genre?
Ce sont de ces objets dont la connaissance amuse plus qu'elle
ne sert; telle est votre question : « Le bien est-il un corps? »
Le bien agit, puisqu'il est utile : or, ce qui agit, est corps.
Le bien donne du mouvement à l'âme, il en est comme la
forme et le moule : ce qui est la propriété d'un corps. Les biens
du corps sont corps eux-mêmes : donc il en est ainsi des biens
de l'âme, car l'âme aussi est corps. Le bien de l'homme est
nécessairement un corps, l'homme étant corporel. Ou je me
trompe, ou ce qui l'alimente, ce qui conserve ou rétablit sa
santé est corps aussi : donc également le bien de l'homme est
corps. Vous ne douterez pas, je pense, que les passions ne
soient corps (pour toucher en passant un autre point que vous
ne soulevez pas) ; par exemple: la colère, l'amour, la tristesse.
Si vous en doutiez, voyez comme elles changent tous les traits,
obscurcissent le front, épanouissent le visage, appellent la rougeur
ou font refluer le sang. Comment des signes aussi manifestes
seraient-ils imprimés au corps par autre chose qu'un
corps? Si les passions sont des corps, les maladies de l'âme,
l'avarice, la cruauté, les vices endurcis et arrivés à l'état incurable,
et encore la perversité et toutes ses espèces, comme la
malignité, l'envie et la superbe le sont aussi. Il en est de
même des biens, d'abord par la raison des contraires, ensuite
parce qu'ils vous offrent les mêmes indices. Ne voit-on pas
quelle vivacité donne aux yeux le courage ; quelle force d'attention,
la prudence ; quelle modestie paisible, le respect ;
quelle sérénité, la joie ; quel air rigide, la sévérité ; quelle assurance
calme, la sincérité? Il faut donc que ce qui change
la couleur des corps et leur manière d'être, que ce qui exerce
sur eux tant d'empire soit corps pareillement. Or, toutes les
vertus susdites sont des biens, comme tout ce qui vient d'elles.
Peut-on douter que ce qui touche ne soit corps ?

« Hormis les corps, rien n'a le don de toucher et d'être touché,
comme dit Lucrèce. Or, toutes ces choses dont je parle ne
changeraient pas le corps, si elles ne le touchaient : ce sont
donc des corps. Il y a plus : tout ce qui possède force d'impulsion,
de contrainte, de rappel, de commandement, est corps.
Car, enfin, ne voit-on pas la crainte retenir, l'audace précipiter,
le courage pousser et donner l'élan, la modération imposer
un frein et rappeler, la joie exalter l'âme, et l'ivresse l'abattre ?
Tous nos actes, en un mot, se font sous l'empire de
la perversité ou de la vertu ; ce qui exerce empire sur un
corps, n'est autre chose qu'un corps ; ce qui le violente, est
corps aussi. Le bien du corps est corporel ; le bien de l'homme
est aussi le bien du corps ; il est donc corporel.

Après avoir fait pour vous, selon votre désir, acte de complaisance,
souffrez que je me dise ce que déjà je vous entends
dire. Nous jouons là comme aux échecs; nous exerçons sur
des futilités la subtilité de notre esprit : ces choses-là ne font
pas des hommes de bien, mais des hommes de science. La sagesse
est plus accessible, elle est surtout plus simple : avec peu
de science on y arrive. Mais, comme tout le reste, nous prodiguons
la philosophie. Nous portons partout, et jusque dans la
science, l'intempérance qui nous travaille : nous étudions,
non pour la vie réelle, mais pour l'école.


lettre suivante : fortifier son ame contre les accidents fortuits et inevitables



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